Il est interdit de
faire déboucher sur la voie publique des cloaques, des fossés de drainage.
Les jurisconsultes et les préteurs défendent les voies publiques contre les
méfaits de la vaine pâture, les constructions parasites, la chute des arbres
privés. On cerne avec netteté le délit de « dégradation » : « altérer son
utilité pour les communications, c'est‑à‑dire pour marcher ou conduire un
véhicule, avec pour effet de rendre pentue une voie plate, rugueux un chemin
moelleux, plus étroit un chemin large, marécageux un chemin sec » ; le texte
fait référence à des qualités essentielles pour la circulation : facilité,
rapidité, confort. La même consultation, se référant à l' « utilité publique
» de la route, rappelle l'interdit prétorien relatif aux entraves à la
circulation des piétons et des véhicules. D'autres textes du
Digeste
édicteront
dans le domaine « privé » des servitudes de circulation à divers étages :
simple droit de passage de piétons, ou droit à la fois d' « aller » et de «
conduire ».
Les caractères
techniques de la voie romaine
La
voie romaine se recommande par la stabilité de son assise, gage de
viabilité, par le choix du tracé, qui garantit la rapidité, et par la «
qualité » du revêtement. Tous ces paramètres sont du reste fonction du
rendement des véhicules et des attelages.
Large de 6 à 8 mètres,
selon les conditions topographiques, la route romaine constitue, avec ses
quatre couches, une chaussée surélevée. Les quatre couches vont de l'assise
(statumen)
au « dos »
de la chaussée (dorsum
summum),
en passant
par le « rembourrage » (redus) et le « noyau » (nucleus)
‑ ce
dernier est
cylindré. La meilleure description d'un chantier de construction, qui se
trouve paradoxalement chez le poète Stace, concerne l'aménagement de la
Via Domitiana. Plus précis que les techniciens latins, Stace présente
les travaux d'excavation : le tracé suit le « désert » sablonneux du rivage
de Cumes; on établit une solide assise de pierre qui éliminera les risques
d'enlisement des voitures'.
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Il faut compter les
misères de la route est la dureté du pavé pour les roues cerclées de fer.
Mais la convexité du dos permet une bonne évacuation des pluies
méditerranéennes. Les itinéraires inondables sont dépréciés. Toutefois, la
couche de gravier, au même titre que le terrain sablonneux, est exposée au
ravinement et à la dégradation superficielle : les écrivains voyageurs
maudissent les trous, les ornières, les fondrières et les flaques...
Les ponts et la faune du voyage
Considérés comme une
victoire sur les éléments, sur l' « inviolabilité » qui résulte de la
violence imprévisible des fleuves ou de l'instabilité des marécages, les
ponts sont un des plus beaux fleurons de la technique romaine. Catulle
compare un vieux mari à un pont : « les jambes mal assurées de ce pauvre
pont, que maintiennent debout des arches en matériaux de fortune », qui
risque « de tomber à la renverse et d'aller se coucher au fond du marais ».
Le pont de Vérone domine un « infect marécage » difficile à viabiliser'.
Le pont est
inséparable du système routier romain et de la politique routière. Certaines
voies comportent un nombre élevé de ponts sur une faible distance : ainsi la
Via Claudia Valeria, au‑delà de Corfinium, en direction de
l'Adriaticltie.
. Les inscriptions
officielles mentionnent, sous l'Empire, de fréquentes réfections de ponts
endommagés ou effondrés'.
Le toponyme de Pons,
sur les Itinéraires et sur la Table de Peutinger, est significatif : qu'on
se rappelle le Pons Campanus de l'Appia.
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